Les Mahaudières, une vision urbaine
(juin/juillet/août 2025)

Construit au début des années 1980, l’ensemble de logements sociaux tranche , à l’époque, par son originalité et sa diversité de formes architecturales.

Nouvellement renommé parc des Mahaudières – Jacques-Floch, le site, récemment restauré, sera inauguré samedi 14 juin 2025. Il avait été aménagé à partir de 1989, soit six ans après la livraison de l’ensemble immobilier des Mahaudières, qui lui fait face de l’autre côté de l’avenue Alexandre-Plancher.
Le nouveau nom de cet espace vert convivial vient rappeler le rôle majeur joué par Jacques Floch, maire de 1978 à 1999 : « Le Conseil municipal de l’époque était partagé, certains y voyaient une sorte de gaspillage de l’espace. Mais, un jardin, un arbre, une pelouse, des jeux d’enfants, des lieux de repos, de détente à l’intérieur d’une ville sont loin d’être des gâchis, ce sont des gages d’avenir et de bien-être de la ville et de ses habitants. » Et ainsi naît ce parc dessiné par l’architecte rezéen Bernard Richeux. Les années ont passé, le parc a vieilli et est tombé dans l’oubli. Insuffisamment utilisé par les riverains et peu connu des Rezéennes et Rezéens, cet espace vert de trois hectares a été complètement revu en concertation avec les habitants, puis réaménagé.

Des quartiers populaires et beaux !

Face à ce parc vert, quelques années plus tôt, c’est un parc immobilier qui sort de terre. Il est emblématique d’une époque… L’ensemble de logements des Mahaudières est né dans le sillage du développement de la politique de la ville au tout début des années 1980. Le projet est né d’une rencontre provoquée par René Müller, alors directeur de la Société nantaise d’HLM. Celui-ci met en relation Jacques Floch, maire de Rezé depuis peu, et l’architecte Roland Castro, cofondateur avec l’urbaniste Michel Cantal-Dupart du mouvement Banlieue 89, dont l’objet était d’améliorer l’urbanisme et la qualité de vie de la banlieue en France. Convaincu par ces idées et l’urgence d’agir, l’élu créera en 1983 Ville et Banlieue, l’association des maires de banlieue des grandes villes de province, qu’il présidera jusqu’en 1993 (aujourd’hui, la maire, Agnès Bourgeais, en est vice-présidente). En attendant, c’est dans sa commune qu’il impulse une nouvelle façon de concevoir l’habitat social, en traitant de front les approches spatiale et sociale ainsi que l’urbanisme et l’architecture. Plus précisément , sur ce grand espace vacant des Mahaudières, un temps envisagé pour y bâtir la mairie ou une médiathèque, l’idée naît d’établir une continuité urbaine entre le vieux bourg, la modernité de la Maison Radieuse et le quartier du Château construit dans les années 1960.

Trois équipes d'architectes

Au fil de sa maturation, le projet devient comme le manifeste d’une urbanité voulant tirer les conséquences de la faillite des grands ensembles. D’abord en limitant la densité : alors que le programme initial prévoyait 400 logements, il est réduit de moitié. Ce sont finalement 201 logements qui vont être construits sur une superficie de 3,7 hectares entre 1981 et 1983. Ces logements sont répartis en cinq bâtiments, réalisés pour trois offices HLM distincts : la Société nantaise d’HLM (aujourd’hui la Nantaise d’Habitations), Home Atlantique (devenu Harmonie Habitat) et l’Opac (aujourd’hui Habitat 44).

Le projet est d’autant plus atypique qu’il est réparti entre trois équipes d’architectes de renom, qui vont proposer des formes très distinctes. L’équipe constituée des architectes Roland Castro, Jean-Luc Pellerin et Pierre Thabart a conçu deux bâtiments pour 130 logements. Le premier rappelle les docks portuaires avec ses huisseries rouges et ses espaces vitrés marqués, tandis que le second évoque un bateau blanc nervuré de bleu. Michel Lameynardie a de son côté dessiné 19 logements en immeuble et 12 dans un esprit pavillonnaire en jouant sur les nuances d’une architecture méditerranéenne. L’agence Architectes Ingénieurs Associés (AIA) a enfin réalisé le dernier bâtiment composé de 40 logements, à l’architecture plus classique.

Formes, matériaux et couleurs variés

Avec ce style disparate assumé, les concepteurs des Mahaudières cherchent à se démarquer de l’uniformité rectiligne des ensembles du Château. Il s’agit également de rappeler le caractère hétérogène de l’urbanisme rezéen. De fait, la variété des matériaux, des formes et des couleurs irrigue le site où l’on retrouve tuiles et ardoises, toitures plates et à pente, formes linéaires ou courbes, plates ou à décrochements, du blanc qui s’oppose au rouge et aux teintes ocrées, du béton et du revêtement céramique. À l’époque, les Mahaudières frappent les esprits en amenant des éléments qu’on ne voyait pas dans les HLM : des loggias, des vérandas, des jardins privatifs…

Autre singularité, l’ensemble s’organise autour d’une centralité piétonne, voulue comme une agora où les habitants peuvent se retrouver, discuter. À cette originalité de formes et de décomposition des espaces s’ajoute une qualité d’isolation aux standards de ce temps. Qualité qui sera actualisée par une rénovation énergétique d’ampleur d’une partie des logements entre 2013 et 2016. Aujourd’hui, c’est donc le réaménagement de son parc qui vient redonner de la respiration et de la lumière au site des Mahaudières.

Elle raconte

Nadine, habitante des Mahaudières

« Je suis arrivée aux Mahaudières en 1983, parmi les premiers habitants, dans une maison avec jardinet. J’ai trouvé l’ensemble agréable d’aspect, les bâtiments étaient assez originaux et il y avait de l’espace. Le quartier est constitué de petits collectifs, pas de grands ensembles. L’architecture joue beaucoup sur le vivre-ensemble : ici on connaît les gens, ça reste à taille humaine. La rénovation du parc est une bonne chose pour les habitants, les résidents de la maison de retraite et les riverains qui le traversent. Mais elle ne doit pas cacher ce qui est à faire. La gestion et l’entretien des Mahaudières sont compliqués par le fait qu’il y a trois bailleurs sociaux. Le quartier reste agréable mais il faut le préserver et prendre en compte ce que disent celles et ceux qui y vivent. »