Rezé « Territoire zéro chômeur » ?

Engagée dans la démarche depuis fin 2021, Rezé est en passe d’être habilitée « Territoire zéro chômeur de longue durée ». En attendant, les actions se poursuivent.

Depuis deux ans, institutions, structures publiques, associations, citoyens, entreprises se réunissent autour de la démarche « Territoire zéro chômeur de longue durée » portée par la Ville avec le soutien de Nantes Métropole. L’objectif : adapter l’emploi aux personnes volontaires qui en sont privées durablement. Le 31 janvier 2024, la Ville de Rezé a déposé un dossier de candidature afin d’obtenir l’habilitation de ses projets.

Une expérimentation territoriale et partenariale pour résorber le chômage de longue durée

L’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) a pour objectif de mobiliser, sur un territoire, l’ensemble des acteurs engagés sur la lutte contre le chômage de longue durée. Elle vise à démontrer que l’exclusion sociale due à la privation d’emploi n’est pas inéluctable.

La démarche repose sur les principes suivants :

  • Personne n’est inemployable car tout un chacun dispose de savoir-faire et de compétences
  • Ce n’est pas le travail qui manque. En effet, de nombreux besoins de la société ne sont pas satisfaits
  • Le chômage de longue durée entraîne de nombreuses dépenses publiques

Une démarche initiée depuis 2021 à Rezé

La Ville de Rezé s’est engagée dans la démarche dès 2021 en adhérant à l’association TZCLD et en signant la charte d’engagement.

« Ce n’est pas un hasard si cette expérimentation a démarré à Rezé », indique Pierre Quénéa, conseiller municipal et vice-président de Nantes Métropole à la politique de la ville.  « Cela s’inscrit dans une longue histoire de la solidarité et de l’insertion par l’activité économique dans notre territoire. Dès 1986, l’association d’insertion Oser (aujourd’hui Oser Forêt Vivante), à qui nous confions aujourd’hui la coordination de la démarche, proposait déjà un modèle professionnel d’accompagnement des chômeurs ». Parmi les territoires expérimentant la démarche, Rezé est le premier à avoir délégué dès le démarrage l’animation à une structure d’insertion par l’activité économique.

Premier chantier engagé : aller vers les personnes privées durablement d’emploi pour faire connaître la démarche. 120 personnes ont été rencontrées, dont plus de 45 se sont portées volontaires et participent activement aux actions. Chaque entretien a permis de faire connaissance, d’identifier les compétences, les envies d’apprendre, les contraintes à prendre en compte comme la garde d’enfant ou la santé, et de réfléchir ensemble aux besoins du quartier.

« Jamais un dispositif n’a permis de rassembler autant d’acteurs », souligne Annie Hervouet, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville de Rezé et élue de quartier Château. « Le cœur de l’expérimentation est situé à Château-Maudières où le taux de pauvreté atteint 38 % » explique Ludovic Ducuing, coordinateur du projet à Oser-Forêt vivante.. « Mais la démarche s’étend aussi à Atout-Sud, Port-au-Blé et Basse-Île. Des zones où nous pourrons monter des coopérations avec les entreprises, et où du foncier pourrait être disponible pour créer de nouvelles activités ». Près de 900 personnes potentiellement concernées ont été identifiées sur ce périmètre.  Parmi elles : 552 demandeurs d’emploi inscrits à France Travail depuis plus d’un an, 175 allocataires du revenu de solidarité active (RSA) non-inscrits à France Travail et près de 150 « invisibles » c’est-à-dire en situation de non-recours au service public de l’emploi.

Autre chantier mené en parallèle : repérer les travaux utiles. « C’est-à-dire des activités qui n’existent pas dans le territoire défini et qui répondent à un besoin », explique Laurent Marion, conseiller municipal en charge du développement économique et des commerces de proximité. Près de 105 travaux utiles ont été identifiés. Cette réflexion va aboutir à la création d’une entreprise à but d’emploi dans lesquelles les personnes privées durablement d’emploi volontaires pourraient être embauchées en CDI.

Des activités professionnelles n’existant pas sur le territoire et répondant à un besoin ont été repérées. Parmi elles : une recyclerie solidaire spécialisée « petite enfance » en cœur de quartier ou encore la valorisation des vêtements de travail professionnels auprès des entreprises. Et des locaux ont été identifiés.

Nouvelle étape le 31 janvier 2024 : Rezé a déposé un dossier de candidature pour être habilitée « Territoire zéro chômeur de longue durée ». Si sa candidature est acceptée par l’État et le Fond d’Expérimentation contre le chômage de longue durée, une première entreprise à but d’emploi sera créée début 2025, dans laquelle 80 Rezéennes et Rezéens domiciliés dans le périmètre pourront être embauchés en CDI.

Dans les quartiers prioritaires, comme le Château, il est trois fois plus difficile de trouver un emploi. S’engager dans cette expérimentation a pour objectif de remettre un pied à l’étrier à celles et ceux qui sont les plus en difficulté. Et ainsi permettre à chacun de vivre dignement par son travail.

Pierre Quénéa, conseiller municipal et vice-président de Nantes Métropole à la politique de la ville

Un ciné-débat vendredi 15 mars

En partenariat avec le projet « Territoire zéro chômeur de longue durée », le cinéma Saint-Paul projette « Nouvelle cordée », film de Marie-Monique Robin sorti en 2019, qui a filmé l’expérimentation menée à Mauléon (Deux-Sèvres) et a suivi l’évolution de plusieurs personnes en grande précarité devenues, en quatre ans, salariées dans la première « entreprise à but d’emploi ».

Ces anciens laissés-pour-compte de l’économie dominante revendiquent aujourd’hui une nouvelle manière de travailler et de vivre ensemble. La séance sera suivie d’un débat avec Frédérique Héry, chargée de l’accompagnement des territoires Pays de la Loire, et Jean-Luc Peruchon, vice-président d’un réseau d’insertion par l’activité économique. Des habitants privés d’emploi seront également présents pour témoigner.

Vendredi 15 mars 20 h, tarif 4 €, cinemastpaul.fr