À Rezé, de nombreuses maisons sont aujourd’hui concernées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) provoquant fissures extérieures et intérieures. Un collectif s’est monté afin de recenser les habitations sinistrées dans le but d’obtenir une reconnaissance officielle du préjudice subi auprès de l’État. Ses membres organiseront une réunion publique le 24 octobre pour informer les Rezéennes et les Rezéens et identifier d’autres maisons endommagées.
Le retrait-gonflement des argiles : un phénomène naturel qu’une vingtaine d’habitantes et habitants du quartier de La Houssais, redoutent après chaque période de sécheresse. Et pour cause : il provoque sur leurs habitations d’importantes fissures. « Nos maisons sont construites sur un sol argileux, en zone humide. Dès qu’il y a de fortes pluies, le sol se gonfle comme une éponge, et lors des sécheresses, il se rétracte et se fracture, fragilisant les fondations de nos logements », explique Marie-Françoise Charpentier, habitante concernée par le phénomène qui touche pour l’heure deux lotissements : Le domaine de la Classerie et Les jardins de la Pirotterie.
Des habitants mobilisés
La Rezéenne est à l’origine de la création du Collectif de Rezéens avec une habitation fissurée (CRHF). « Je suis allée faire du porte-à-porte chez mes voisins. Et c’est là que je me suis rendue compte que nous avions les mêmes problèmes. » Laurent Poiraud, qui habite la rue à côté, était lui-aussi découragé : « L’an dernier, j’avais tout refait dans mon salon en mars, et les fissures sont réapparues en juin. On ne peut rien y faire sauf à engager de gros travaux très coûteux comme installer des micropieux ou faire des injections de résine au niveau des fondations. » Des frais qui pourraient être pris en charge par les assurances si les habitantes et les habitants obtenaient la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle (CatNat), ce qui n’a pas été le cas lors des précédentes périodes de sécheresse. « Pour ne pas rester seuls face à ce fléau et faire bouger les lignes, nous avons monté le collectif fin 2025 », ajoute Marie-Françoise Charpentier qui en est aujourd’hui la porte-parole. « Se rassembler permet aussi de s’entraider et de partager des informations. » Le collectif s’est petit à petit étoffé suite à un travail de recensement des maisons concernées, à l’heure actuelle au nombre de 24.

Soutien local et national
Le collectif rezéen est soutenu par la maire, Agnès Bourgeais. Après avoir appuyé, en vain, la demande de reconnaissance d’état de catastrophe naturelle auprès de la Préfecture, l’édile souhaite porter la voix des victimes au niveau national. « Car c’est à l’État d’agir face à la dégradation des biens des habitants, conséquence directe du dérèglement climatique. La solution est au niveau national. » En mai dernier, les membres du collectif ont reçu un autre précieux soutien : celui des deux députés écologistes, Julie Laernoes et Sandrine Rousseau. Cette dernière est à l’origine d’une proposition de loi visant à mieux indemniser les biens concernés par le retrait-gonflement d’argile. Adoptée à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale en 2023, elle avait ensuite été retoquée par le Sénat. « La visite des deux députées a suscité un fort engouement médiatique, jusqu’au niveau national », se réjouit Marie-Françoise Charpentier.

Une maison sur deux touchées dans l’hexagone
Le phénomène n’est pas propre aux deux lotissements rezéens. D’après le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), il toucherait 55% des maisons sur le territoire national, soit 12 millions d’habitations. En 2050, 16 millions d’habitations pourraient être concernées avec les effets du dérèglement climatique. « Nous continuons donc à recenser les maisons qui pourraient être touchées à Rezé », souligne Marie-Françoise Charpentier. Samedi 24 octobre à 14h30, le collectif organisera une réunion publique à laquelle les habitantes et les habitants potentiellement impactés sont invités à participer. Y sera également présent : une représentante de l’Association Urgence maisons fissurées (AUMF) dont plusieurs membres du collectif rezéen sont aussi adhérents. « Mobilisée pour faire évoluer les lois et obtenir des indemnisations justes et rapides, l’association est également un précieux soutien dans notre combat au niveau local pour être reconnu par l’État en tant que sinistrés climatiques et ainsi pouvoir prétendre à des indemnisations », conclut Marie-Françoise Charpentier. « C’est notre patrimoine, c’est maintenant qu’il faut agir pour le préserver. » En attendant, la Rezéenne continue à surveiller les fissures de sa maison « comme le lait sur le feu ».
Pratique
Réunion publique
Samedi 24 octobre 2026 à 14h30
Salle du Seil (1, allée de Provence)
Entrée libre
Dans la limite des places disponibles