Après un début de mandat marqué par les fortes chaleurs, la maire, Agnès Bourgeais, revient sur les premières décisions de la nouvelle équipe municipale. Adaptation climatique, protection de l’enfance, vie des quartiers : elle détaille les priorités des années à venir et sa volonté de préserver un service public proche des habitantes et des habitants.
La période estivale a été très rythmée en nouveautés pour Rezé : quelles ont été vos premières actions sur ce mandat ?
« L’équipe s’est mise au travail immédiatement, avec l’envie d’être au service du collectif. Nous avons commencé par des actions rassembleuses, pour faire vivre la ville et créer des occasions de se retrouver. La réouverture du Café du Château a été un grand événement, tant elle était attendue dans le quartier. Les Vendredis de Praud ont aussi rencontré un très beau succès. Ce sont des moments simples, mais précieux : de la culture, de la convivialité, des habitantes et des habitants qui se rencontrent. Parce que nous voulons que chaque quartier puisse disposer de lieux où créer des liens, nous avons validé dès notre premier conseil municipal le projet de salle de convivialité à la Jaguère. »
Face aux épisodes de canicule qui se sont succédé depuis le début de votre mandat, quelles ont été vos principales préoccupations et priorités ?
« En effet, nous avons dû faire face à des chaleurs exceptionnelles, et pour la première fois en pleine
période scolaire ! Notre responsabilité était double : protéger les enfants, tout en tenant compte de la réalité des familles. Beaucoup d’entre elles n’auraient pas pu accueillir leurs enfants à domicile dans de meilleures conditions. Nous avons donc maintenu les écoles ouvertes, en invitant celles et ceux qui le pouvaient à rester chez eux. Les services municipaux ont répondu avec beaucoup de réactivité aux difficultés signalées. Au total, 151 ventilateurs et des brumisateurs ont été installés dans l’ensemble des écoles, tandis que des salles de repli étaient mises à disposition. Ces épisodes montrent combien le service public est essentiel. Quand des enfants ne sont plus à l’abri chez eux, que des personnes âgées ou malades sont sans solution : nous devons être présents. C’est aussi pour cela que nous avons ouvert une salle de rafraîchissement. Ces épisodes donnent la couleur de ce mandat, qui sera celui de l’adaptation au changement climatique. Nous avions déjà engagé des transformations en rénovant deux écoles, en végétalisant des cours, ou en ouvrant des parcs. Nous devons désormais aller plus vite, car l’urgence est là. »
Quelles nouvelles mesures allez-vous prendre pour préparer les bâtiments municipaux ?
« Un plan canicule se déploie dès à présent sur nos bâtiments. Chaque lieu est examiné afin d’identifier les réponses les plus adaptées : brasseurs d’air, brumisateurs, protections solaires, volets, ou dispositifs de climatisation. L’objectif est d’apporter rapidement des améliorations concrètes, sans attendre les rénovations lourdes. Mais nous travaillons aussi sur le temps long. L’école Ouche-Dinier sera la prochaine à faire peau neuve. Après une nouvelle cour végétalisée cet été, nous allons aussi accélérer ce dispositif sur les écoles maternelles. Et nos ambitions sont plus larges : gymnases, centres socioculturels, équipements culturels… Nous aurons à cœur d’améliorer l’ensemble de notre patrimoine rezéen, pour qu’il offre une meilleure résistance aux conditions climatiques. »
Vous avez fait de la protection de l’enfance et de la jeunesse une priorité de ce mandat : pourquoi ?
« Cette volonté de protéger a toujours été au cœur de notre projet, et nous inaugurons d’ailleurs en cette rentrée la Maison de la prévention et de la tranquillité publique, née du travail de la conférence citoyenne pour offrir un accueil physique plus complet et lisible. Mais aujourd’hui, nous devons aller plus loin sur la question des jeunes, parce que notre pays ne protège pas suffisamment ses enfants. Les violences restent trop souvent invisibles, et les services de protection sont fragilisés. Nous devons mieux prévenir, détecter plus tôt, et nous professionnaliser pour accueillir la parole des enfants. Nous voulons également accélérer sur la question de la santé mentale, car beaucoup de familles ne savent pas vers qui se tourner ou se confrontent à des délais trop longs. Nous allons travailler avec les professionnels de santé, les établissements scolaires et les associations pour développer des réponses. »
Protéger la jeunesse, est-ce aussi lui donner davantage de perspectives et de possibilités d’agir ?
« Bien sûr. Si l’on veut des jeunes bien dans leur peau, et bien dans leur ville, il faut aussi une présence positive dans les quartiers. Ils ont besoin de lieux où se retrouver, d’activités, de projets et d’adultes identifiés auxquels ils peuvent faire confiance. Les actions proposées cet été ont montré combien cette présence de proximité est importante. La jeunesse est une richesse : notre rôle est de lui donner de la place, et des raisons de se projeter dans l’avenir. Protéger, ce n’est donc pas seulement intervenir après une violence. C’est agir en amont, soutenir les familles et ne laisser personne seul face à une difficulté. »
Quels sont les grands changements que va connaître Rezé ces prochaines années ?
« Le meilleur partage de la rue sera un enjeu majeur du mandat. Nous devons repenser l’espace public pour y vivre, et non seulement pour s’y déplacer. Voies cyclables, rues réaménagées, abords d’écoles sécurisés, et surtout places revisitées : les besoins sont grands ! C’est aussi pour faciliter la vie commerçante que nous devons repenser ces lieux. Beaucoup rencontrent des difficultés importantes face à la vente en ligne, à l’évolution des habitudes de consommation ou à l’augmentation de certaines charges. La Ville n’a pas toutes les réponses, mais elle peut agir sur l’aménagement, l’accessibilité, et l’animation des quartiers, pour les aider. »
Êtes-vous confiante dans la capacité à agir de la commune, malgré le contexte budgétaire ?
« Je suis confiante, mais lucide. Le Gouvernement a beaucoup ponctionné les collectivités et l’État se désengage sur certaines compétences. La Région a, elle aussi, fait des choix budgétaires catastrophiques
pour le monde associatif, la culture et la jeunesse, pendant que certains maires réclament moins de normes, mais semblent oublier que notre principal frein reste financier… Dans ce contexte, conserver nos finances saines relève d’un travail d’équilibriste ! Les bons résultats obtenus chaque année, quoi qu’en
disent certains, ne sont pas de l’argent laissé de côté : ils sont la condition pour continuer à investir et conserver notre liberté d’action. Nous allons poursuivre dans cette logique. Nous ne pourrons pas tout, mais une chose est sûre : nous continuerons à défendre un service public fort, parce qu’il protège habitantes et les habitants, et caractérise profondément notre ville. »
Rezé est désormais la plus grande ville de France conduite par une liste citoyenne. Qu’est-ce que cela implique à vos yeux ?
« Cela nous donne une responsabilité particulière et apporte un souffle nouveau. Notre équipe est à la fois citoyenne et issue de l’union de la gauche. Elle rassemble des femmes et des hommes engagés dans des partis politiques et d’autres qui ne le sont pas, des élus expérimentés et d’autres qui exercent leur premier mandat. Cette diversité est une richesse. Nous allons pérenniser ce qui a fait ses preuves : le travail collégial, une délégation confiée à chacune et à chacun, des commissions citoyennes, et des Enveloppes de quartiers pour donner la voix aux habitantes et aux habitants. En cette rentrée, les permanences de quartiers reprennent également, avec sept élus à l’écoute sur le terrain, prêts à répondre aux questions et à entendre les préoccupations. Parmi les nouveautés, nous allons créer des conseils de grand quartier afin de donner davantage de poids à la parole citoyenne. Nous irons prochainement à la rencontre des Rezéennes et des Rezéens pour dessiner avec elles et eux les contours de ces nouvelles instances. La proximité et le dialogue sont indispensables pour construire la confiance et améliorer notre action. »
Logement, santé, pollutions, inégalités… Certains combats se mènent ailleurs. Comment portez-vous la voix de Rezé ?
« Mon rôle est d’agir dans la commune, mais aussi de défendre les Rezéennes et les Rezéens partout où se prennent les décisions qui ont des conséquences sur leur quotidien. Nous continuerons par exemple
à nous battre contre les nuisances de l’aéroport de Nantes-Atlantique auprès de l’État, avec le soutien
de l’association Ville et Aéroport ainsi que celui de nos partenaires concernés. Je continuerai également
à défendre nos quartiers au sein de l’association Ville et Banlieue, dont je suis vice-présidente, pour réclamer davantage de moyens pour les habitantes et les habitants les plus fragiles. Au sein de Nantes Métropole, Rezé a désormais deux vice-présidences et nous sommes cinq à faire partie du nouveau
groupe citoyen et écologiste. C’est une nouvelle façon pour notre ville de peser dans la métropole et d’insuffler une vision politique à plus haute échelle sur nos délégations : habitat, santé, politique de la ville et emploi. Notre ligne restera la même : être utiles, protéger les habitantes et les habitants, et préparer l’avenir sans perdre ce qui fait la force de notre ville : la solidarité et la proximité. »